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COVID-19 : la chaîne d’approvisionnement [dé]masquée

Acteurs multiples, flux transnationaux, contraintes réglementaires… Force est de constater la complexité de la chaîne d’approvisionnement de notre économie mondialisée. La crise COVID-19 en démontre les faiblesses.

Le krach de la chaîne d’approvisionnement

Retour sur le début d’année, les entreprises ajustent leurs stocks en augmentant le volume d’achat, non pas en prévision du COVID-19 mais en anticipation du nouvel an chinois. Puis, progressivement jusqu’à fin janvier, la Chine impose la quarantaine : l’usine du monde s’arrête.

« Quand l’Asie tousse, c’est l’Europe et le monde entier qui s’enrhument » (1)

En Europe, on épuise les stocks de produits intermédiaires, semi-finis ou composants. Dans le même temps, les mesures de confinement sont déclarées avec mise à l’arrêt des usines de production. Le secteur de l’industrie et notamment les filières automobiles, aéronautiques et électroniques sont doublement paralysées : indisponibilité de la main d’œuvre et pénurie d’approvisionnement (ou risque de pénurie).

Le COVID-19 challenge les entreprises sur leur gestion des risques de la chaîne d’approvisionnement et met plus que jamais en lumière les maillons faibles de la chaine ainsi que les goulots d’étranglement du fret international.

A court terme, il devient urgent de trouver des alternatives pour pallier les défaillances et relancer l’activité dans les conditions sanitaires appropriées.

Évaluer la résilience de sa chaîne d’approvisionnement

Croissance économique, libre échange, marchés émergents, pays à bas coûts… autant d’opportunités saisies par les entreprises pour prospérer mais contenant leurs lots de menaces. Les entreprises vont intégrer les risques inhérents à la crise COVID-19 : faire face aux aléas, absorber les chocs et gagner en flexibilité.

Protéger ses actifs stratégiques

Les actifs stratégiques sont indispensables à la continuité d’exploitation. Le seul manquement pénalise la production avec des conséquences économiques significatives.

L’évaluation de chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement doit être actualisée dans la cartographie des risques. Il conviendra de remettre en cause les choix initiaux d’identification et de gestion des actifs stratégiques de la chaîne de valeur.

Raccourcir la chaîne pour mieux la maîtriser

Plus facile à dire qu’à faire, cet exercice permettra de gagner en flexibilité et en réactivité. Il implique aussi une meilleure connaissance de ses partenaires. L’accident du Rana Plaza (2) ayant entraîné la mise en place du devoir de vigilance illustre les limites d’une chaîne de production trop longue où la maîtrise du donneur d’ordre initial n’est plus assurée.

Relocaliser ce qui peut l’être

Produire à proximité des marchés dans une logique d’économie mondiale implique une réflexion profonde des modes de production et de frets actuels. Il ne s’agit pas d’une marche arrière mais plutôt de tirer les conséquences des limites du modèle que nous connaissons. Un travail de longue haleine approfondira la viabilité des projets de relocalisation.

L’actuelle crise sanitaire rappelle cette extrême dépendance qu’a engendré la mondialisation de nos économies. La responsabilité sociétale des entreprises s’assimile à une excellente gestion des risques permettant de repenser sa chaîne d’approvisionnement afin d’améliorer durablement sa performance économique, sociale et écologique.

(1) Yves Perez, économiste, Lyon Capital avril 2020 N°278

(2) Le 24 avril 2013 s’effondrait le bâtiment du Rana Plaza à Dacca, capitale du Bangladesh, provoquant la mort de 1127 ouvriers de l’industrie textile.

Anne-Laure Guyot

Anne-Laure Guyot

Expert-Comptable mémorialiste, Consultante RSE